Entretien Zico

zicoRetranscription de l’entretien de Zico

Quelques extraits :

Bonjour moi c’est Zico MPONGO, alias « Kozi ». Je suis en France depuis 1992 en fait. J’ai quitté le bled, la RDC, par rapport aux différents conflits de guerre tout ça. J’étais jeune, j’avais six ans. Je suis parti d’abord en Belgique, en 90, et on a atterri à Issy les Moulineaux en 92 en France. Pour les études, les différentes choses, le sport…je tapais déjà le ballon quand j’étais jeune, tout ça. Et bon après j’ai dévié dans la rue en fait. J’ai commencé à trainer avec des potes, à l’âge de douze ans, à faire le Tom Sawyer un peu là….et jusqu’à ce que j’ai atterri dans la case prison, à l’âge de seize ans.

[…]

On a dû partir assez précipitamment parce qu’en fait j’ai perdu mon père pendant la guerre. Nous on est parti au moment où il y avait le pillage en fait. C’est-à-dire qu’il y avait un peu la guerre de partout, des milliers de civils qui étaient tués par les balles de kalachnikovs, des soldats et beaucoup de mauvaises choses tout ça. J’ai encore des souvenirs. Je voyais des femmes violées et tout ça par les soldats. Et mon père il est mort à ce moment là. Ma mère nous a pris en main, pour que je vienne directement en Europe. Et..c’était l’issue de secours en fait la France. C’était l’issue de secours. On est parti en Belgique mais on était pas trop bien. Et on a décidé de s’installer en France.

[…]

Même si je suis en Europe, en France depuis 92, je reste quand même étranger en fait. C’est ça qui est dommage en France. C’est ce truc là qu’est dommage. Parce que moi c’est pas normal, vous imaginez, j’ai eu une carte de séjour en 2006, alors que je suis en France depuis 92. C’est pas normal. Même si certes c’est vrai que j’ai fait des conneries… mais c’est pas des grandes conneries, j’ai pas tué…on va pas aller jusque là, j’ai pas braqué. C’est des petites conneries : vols, bagarres…Des trucs que tout le monde fait quoi, quand on grandi.

Après maintenant avec la majorité, j’ai 26 ans, j’ai compris, vraiment ça me dit plus rien tout ça. Les petites conneries et tout ça c’est quand on est jeune. Ca c’est normal…17 ans, 18 ans on fait des conneries, mais après c’est dommage, c’est dommage. On m’a fait beaucoup de chantage moi pour une carte de séjour.

A seize ans j’ai fait trois semaines, au CJD, à Fleury aussi. Et à dix-huit ans j’ai connu le grand quartier. Ouais.

[…]

On m’a mis directement au grand quartier. Je crois que c’est le juge qui voulait ça. Ils m’ont mis directement au grand quartier. Avec les adultes et tout ça.

Pourquoi ? Je venais d’avoir dix-huit ans. J’étais majeur. Donc c’est la loi, quand on est majeur on les met directement dans un grand quartier. Moi je suis arrivé là-bas y’avait au moins vingt potes à moi, donc…Ils étaient déjà là-bas depuis des années et on s’est retrouvé. On s’est retrouvé en fait. Ils m’ont bien accueilli en fait. Moi je m’attendais au pire. Parce qu’en prison c’est ça. Quand t’arrives t’es arrivant, tout le monde veut te marcher dessus tout ça. Faut pas se laisser faire. Et je suis arrivé y’avait déjà des collègues à moi qu’avaient déjà marqué le terrain, donc…On peut pas dire que la prison elle était à nous, mais on contrôlait. On contrôlait le grand quartier. Et puis voilà.

[…]

J’ai fréquenté Fleury-Mérogis. J’ai fait Vesoul, je sais pas si vous connaissez. C’est dans l’est de la France, c’est vers Belfort. J’ai fait six mois là-bas. Et j’ai fait quoi encore ? J’ai fait Evreux, j’ai fait Liancourt dans le 60, dans l’Oise, et j’ai fait Bois d’Arcy

[…]

Et à Bois d’Arcy y’a beaucoup de… y’a beaucoup d’étrangers. Ils sont discriminés pourquoi ? Parce que déjà de un ils parlent pas français… et sur ça les matons ils en profitent en fait. Les surveillants ils en profitent. Surtout pour le travail, ils leurs donnent du boulot comme pas possible… ils les font bosser comme pas possible et tout ça. Alors que quand c’est un jeune qui a grandi en France ou bien qui est français, des petits jeunes tout ça là, ils ont peur d’eux. Par exemple ils leurs donnent un boulot comme «auxi». « Auxi » c’est celui qui donne à bouffer en fait, qui donne à bouffer, qui fait un peu le ménage. Bon quand c’est un jeune y’a pas de problème, mais quand c’est un étranger, un émigré, bah en fait ils le traitent comme un chien. Ils lui disent de faire le ménage tout le temps, de balayer tout le temps les escaliers…. Ils font exprès de jeter des trucs pour qu’ils ramassent. Franchement, le mec il parle pas français il a pas le choix hein. Il est là, il a pas de mandat, il est obligé de bosser, il veut s’en sortir au plus vite… et voilà…. franchement, là-bas la situation pour les émigrés c’est … ils sont gravement discriminés hein…

Par exemple eux ils ont pas droit de faire de semi-liberté. Ni de conditionnelle. Ils ont pas le droit aux placements extérieurs. Ils ont pas le droit aux sorties… aux permissions de sorties en fait.

Quand ils finissent leur peine, le plus souvent y’a la PAF devant la porte. Y’a la PAF qui les attendent pour les ramener en centre de rétention.

Le mec il finit sa peine, il fait ses un an plein… il croit qu’il va revoir sa famille et paf il arrive à l’entrée de la prison et y’a la police des frontières qui l’attend.

[…]

La messe…c’était le coin favori de tout le monde… parce que tout le monde se rencontrait à la messe : musulmans, chrétiens, juifs… On était tous à la messe, tous les dimanches, y’en a ils venaient pour prier, y’en a ils venaient pour discuter… Comme moi. Moi je venais pour voir mes potes, que je voyais pas… Je les voyais à la messe.

[…]

Ce qui m’embête le plus dans mon parcours, franchement, je dis c’est la malchance pour moi. C’est ça qui m’angoisse, c’est la malchance, parce que je suis là, je suis arrivé ici depuis que je suis petit. Normalement mon histoire elle devait être autrement, j’aurais pu avoir plus de chance. Moi je pense que si j’avais eu directement mes papiers à mes dix-huit ans, j’aurais pu éviter plein de choses.

Genre quoi ? La prison.

Explique… J’aurais pu éviter la prison, pourquoi ? Parce que déjà j’aurais eu un job. Et deuxièmement je vous ai dit je suis artiste. Ca fait longtemps que je suis dans la musique, depuis 96, et mes collègues ils faisaient beaucoup de voyages, Suisse, Allemagne… et moi je pouvais pas. Alors que si j’avais eu justement… si j’avais été régularisé depuis mes dix-huit ans, j’aurais pu éviter la prison, me mettre à fond dans la musique en fait. En fait j’étais pas à fond dedans. Pourquoi ? Juste à cause de mes papiers. J’ai eu des trucs de Sacem que je pouvais pas toucher parce que j’étais pas inscrit en Sacem. Maintenant je suis inscrit. Mais avant je pouvais pas les toucher. Je pouvais même pas toucher mes droits. Donc si franchement j’avais été régularisé, j’aurais pu éviter plein de choses.

[…]

Vous pouvez aussi télécharger l’intégralité de l’entretien de Zico

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s