Entretien avec Éric Fassin, sociologue

eric fassin

Retranscription de l’entretien avec Éric Fassin

Éric Fassin, sociologue, chercheur à l’EHESS, professeur au département de Science politique de l’Université Paris 8, publie régulièrement des articles sur son blog/médiapart.

Quelques extraits :

Et il y a de plus en plus une confusion une superposition entre les deux registres, c’est à dire que au fond on ne sait plus trop dans quelle mesure on est en train de parler du fait que les immigrés sont délinquants parce qu’ils sont immigrés ou parce qu’ils sont délinquants. Au fond, ça devient dans les discours publics et c’est particulièrement visible avec le discours de Grenoble du président Sarkozy pendant l’été 2010 ça devient la même chose. Les étrangers apparaissent comme des délinquants. Donc ces deux figures distinctes finissent par se superposer. C’est à dire que on a la réalisation de ce qui était la logique idéologique du front national, mais qui aujourd’hui est une logique qui se répand de plus en plus dans le discours gouvernemental mais aussi parfois dans des discours scientifiques.

[…]

on est en train de parler « d’eux », « les autres », « les autres qui sont en prison », ou bien « les autres qui sont étrangers » ou bien les deux à la fois mais en fait évidemment on est en train de parler de nous, parce que parler d’eux ça n’a de sens que pour nous distinguer d’eux.

[…]

en réalité lorsqu’on racialise les autres et bien forcément on est en train de  racialiser le nous aussi en même temps, donc cette frontière que nous tenons tellement à préserver, cette espèce de muraille que nous ne cessons de construire on croit qu’elle nous délivre définitivement des autres mais en réalité c’est nous qu’elle transforme

[…]

on confond de plus en plus étrangers et prisonniers c’est à dire qu’on est en train de parler de gens qui d’un côté ne vont pas se réinsérer parce qu’ils vont être expulsés, mais aussi en sous-entendant qu’il sont bien entendu qu’ils sont inintégrables c’est pour cela qu’on doit constamment les rappeler à l’ordre de l’intégration, c’est parce que on est convaincu que cette intégration est impossible. Donc ces contradictions il me semble qu’elles convergent lorsqu’on parle de la prison et lorsqu’on parle de l’immigration.

[…]

Est-ce que au fond c’est le prolongement d’une histoire ancienne qui est en particulier une histoire coloniale. Je crois que bien entendu il y a un lègue colonial dans la période actuelle mais que en même temps il faut voir comment il y a une spécificité de notre moment. Au fond une des caractéristiques de la politique en matière d’immigration c’est qu’il s’agit non pas d’aller porter la bonne parole ailleurs d’aller civiliser l’Afrique mais de les empêcher de venir ici. Autrement dit on a un renversement d’une logique d’expansion à une logique de contention. Il faut contenir le problème.

[…]

Au fond si le contrat n’a pas été respecté on ne se demande jamais si ça pourrait être par nous et pas seulement par eux. Un contrat ça suppose qu’il y a deux parties au moins, or on ne parle seulement que d’une des deux parties c’est à dire les autres donc je crois que la logique de l’intégration d’un côté, la logique des discriminations de l’autre c’est ce qui permettrait de penser la responsabilité des uns mais aussi celle des autres or c’est ce lien là qu’on refuse de faire aujourd’hui et c’est à cela que sert tout le discours qui constitue les étrangers en problème. Le problème c’est eux, c’est pas nous.

[…]

Vous pouvez aussi télécharger l’intégralité de l’entretien d’Éric Fassin

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