Cécile Pernin, Conseillère d’Insertion et de Probation

On a plusieurs difficultés quand une personne étrangère veut faire un aménagement de peine. Dès que la personne va demander des permissions de sortie, ne serait-ce que pour renouveler son titre de séjour ou faire sa première demande.

J’ai déjà eu des refus de permission de sortie parce que la personne n’avait pas de titre valable. C’est très compliqué pour nous, sauf que la permission de sortir peut valoir pièce d’identité le temps de cette sortie. Mais que ce soit les travailleurs sociaux, les membres de la commission d’application des peines, qui est la commission compétente pour statuer sur les permissions de sortir, nous ne sommes pas du tout spécialisés en droit des étrangers et il y a beaucoup d’étrangers.

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Fleur Polono, responsable régionale de la commission Prison de La Cimade

La notion de menace à l’ordre public est assez floue, elle n’est pas définie par les textes mais par la jurisprudence. On va considérer que quelqu’un qui commet des actes de délinquances, à partir du moment ou ses actes sont répétés, a un comportement de nature à constituer une menace pour l’ordre public, tout comme quelqu’un qui commet un crime, récidiviste ou non, dont le comportement pourra également être constitutif de la menace à l’ordre public.

Invoquer cette menace permet aux préfectures d’outrepasser l’absence ou le relèvement d’une condamnation à l’Interdiction de territoire par les juges et d’expulser un étranger, même s’il fait partie des catégories protégées.

Éric Fassin, sociologue

La xénophobie d’État nourrit une xénophobie sociale, comme l’homophobie d’État nourrit une homophobie sociale. Il ne s’agit pas de dire que le peuple serait naturellement bon, mais de refuser l’idée qu’il serait mauvais par nature.

La xénophobie est certes là, dans la société, comme un potentiel ; la question est de savoir si elle sera activée par la politique ou pas.

Kim Reuflet, ancienne vice présidente du TGI de Bobigny

Le problème c’est qu’il y a des objectifs de maîtrise de l’immigration qui se déterminent en termes de flux, parce que c’est ça, et puis nous on gère de l’humain, nous on a des gens en face de nous, on a des dossiers, et des gens surtout… Donc quand on se retrouve en face de ces personnes il faut qu’on puisse avoir le temps de les écouter, de comprendre une histoire, chacun a une histoire particulière, une histoire personnelle, et ça, on ne peut pas le faire. Parce que justement, on voudrait aussi que la Justice fonctionne peut-être plus en termes de flux et c’est pas possible, y’a un moment ou cette logique de flux… et c’est vrai, c’est très vrai en matière de Police des Étrangers, elle se heurte à l’office du Juge qui est un examen individuel des situations, et ça c’est très vrai en audience au 35bis (tribunal qui statue pour les reconduites à la frontière ndlr), c’est-à-dire que les étrangers arrivent par flux au Greffe, il donnent leur numéro et puis, ils arrivent devant nous, à l’audience des Étrangers, c’est plus des flux migratoires qu’on prolonge comme ça à la chaîne, c’est des gens qui ont leur histoire, qui ont chacun des choses à faire valoir, des choses à dire, et c’est normal qu’on prenne le temps de les écouter.

Allez assister à une audience étrangers, et vous verrez que on ne peut pas le faire, c’est impossible, c’est… on a, tous les jours 25 étrangers à l’audience et on n’a pas plus de 5 minutes à leur accorder.